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Contenu édité le 19/10/2017 à 04:00:58







LA POLLUTION LUMINEUSE


> Le phénomène de pollution lumineuse


L'essentiel : En tant qu'espèce diurne, l'Homme est dépendant d'un éclairage artificiel s'il souhaite prolonger son activité sur la période nocturne. Grâce à son ingéniosité il y est effectivement parvenu, en maitrisant l'électricité (anciennement le feu). Le fait d'éclairer la nuit est néanmoins un facteur de déséquilibre des cycles naturels liés aux mouvements de la Terre sur lesquels s'est construit le vivant, et donc de pollution. Cette pollution, directement associée à la notion de temps a également des particularités dues aux caractéristiques physiques de la lumière qui, notamment, diffuse au delà de sa source d'émission (onde). En tant que problématique connexe à l'urbanisation, la pollution lumineuse affecte ainsi les villes mais aussi les zones rurales où elle renforce l'artificialisation des milieux.

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Homo sapiens, espèce diurne et ingénieuse


L’espèce humaine est diurne. En effet, nous ne possédons pas d’adaptation particulière pour vivre la nuit. Le sens que nous sollicitons le plus, pour la plupart d’entre nous, est la vue, avec un besoin fort de lumière pour accéder à une vision confortable. Notre ouïe n’est pas non plus prodigieuse (excepté sans doute à l’âge bébé où certaines fréquences utilisées par les chauves-souris peuvent être audibles par l’humain mais nos capacités auditives diminuent rapidement avec la croissance).

Homo sapiens est cependant doué d’une grande imagination et d’une capacité très importante à créer. Par la maitrise du feu d’abord puis surtout de l’électricité ensuite, l’homme a ainsi réussi à créer des sources d’éclairage artificiel la nuit, pour y vivre peu ou prou comme le jour. Au final, l’homme n’a pas appris à vivre la nuit, il a transformé la nuit en jour.



La pollution lumineuse : une pollution liée au temps


Les capacités intellectuelles et créatives d'Homo sapiens sont une vraie chance. Néanmoins, elles demandent à être réfléchies et maîtrisées. Ici, compte tenu de l’alternance naturelle de jour et de nuit, et de ce qu’elle dépasse de très loin la seule condition humaine, le fait d’introduire de la lumière artificielle à un moment où il n’y a naturellement pas ou très peu de lumière, la nuit, n’est pas neutre.

Le seuil à partir duquel cet ajout de lumière artificielle a des conséquences de types nuisance ou pollution est variable selon la cible étudiée (humain, animaux, plantes, ...). Néanmoins, dans tous les cas, dès lors que cette luminosité artificielle dépasse la luminosité naturelle, cet acte est une source de déséquilibre pour le système « originel ».

Ce sujet est donc précisément lié à la notion de temps, car le moment où cette lumière artificielle est émise, provoque ou non un déséquilibre. De façon caricaturale, une émission de lumière artificielle le jour n’aura pas de conséquence par rapport au cycle naturel de la lumière (elle peut en avoir d’un point de vue économique par contre). Au-delà de cette dichotomie franche jour/nuit, une émission de lumière artificielle au moment du crépuscule ou bien au cœur de la nuit, une nuit de pleine Lune ou bien une nuit sans Lune, aura des effets distincts.



Un phénomène connexe à l’urbanisation


La pollution lumineuse est une problématique connexe à l’urbanisation et à l’artificialisation en général. La lumière émise par les humains est en effet la plupart du temps associée à ses infrastructures, compte tenu de l’utilité de cette lumière (du moins de celle qu’elle doit avoir initialement, c’est-à-dire pour nos activités au sens large) et de sa dépendance aussi à un acheminement en électricité.

Parmi les sources d’éclairage artificiel on peut citer les habitations, les commerces (parkings, vitrines, enseignes, publicités diverses), les bureaux, le parc d’éclairage public des routes et architectures (terrains de sport, monuments, ...). On compte également des émissions plus ponctuelles dans le temps, liées aux manifestations événementielles (illuminations, lasers, ...).

« Je gagnai les Champs-Elysées où les cafés-concerts semblaient des foyers d’incendie dans les feuillages. Les marronniers frottés de lumière jaune avaient l’air peints, un air d’arbres phosphorescents. », Guy De Maupassant (Clair de lune, 1889)

Éclairage de rue
Éclairage de rue. Photo : V. Vignon

Du fait de cette diversité des sources de lumière, la problématique concerne à la fois les grandes villes, où la lumière artificielle est souvent omniprésente la nuit, les villes moyennes et petites ainsi que les villages et les bourgs.

Dans une ville comme Paris, l’éclairage la nuit est omniprésent
Dans une ville comme Paris, l’éclairage la nuit est omniprésent (rues, ponts, évènementiels, monuments,...). Photo : R. Sordello

En contexte rural et dans les communes peu peuplées, les bâtis et sites rupestres (ponts, falaises, clochers, ...) sont souvent mis en valeur par la lumière alors que dans le même temps, ils sont recherchés par la faune nocturne cavicole et cavernicole (chouettes, hiboux, chiroptères, ...) parce qu’ils constituent pour elle des habitats de substitution.

Mise en valeur d’un monument sur un mont en contexte de milieux non urbanisés (Var)
Mise en valeur d’un monument sur un mont en contexte de milieux non urbanisés (Var). Photo : R. Sordello


Une pollution qui diffuse


Si l’emplacement des sources de lumière est connexe à l’urbanisation, l’impact de ces points lumineux peut par contre affecter des zones inhabitées.

La lumière est en effet caractérisée par une dualité corpuscule/onde. Elle est certes un ensemble de grains de lumière, les photons*, mais elle montre aussi un comportement ondulatoire. La lumière est donc une perturbation qui se déplace de proche en proche depuis la source d’émission, comme le son (qui, lui, n’est qu’une onde : il n’existe pas de grains de son).

Du fait de ce comportement ondulatoire, l’impact de la lumière artificielle va bien au-delà de sa source d’émission.

Perception d’une lumière émise à plusieurs kilomètres alors que l’observateur se trouve dans une zone sans aucun point lumineux
Perception d’une lumière émise à plusieurs kilomètres alors que l’observateur se trouve dans une zone sans aucun point lumineux. Photo : R. Sordello

Cette diffusion ayant lieu dans les trois dimensions de l’espace, la lumière artificielle se dirige également vers l’atmosphère où elle s'associe aux particules en suspension. Ce phénomène est responsable de la formation d’un halo rougeâtre au-dessus des grandes zones urbaines, bien visible de loin.


Halo lumineux au-dessus du milieu urbanisé, provoqué par l'association des particules de lumière à celle en suspension dans l'atmosphère
Halo lumineux au-dessus du milieu urbanisé, provoqué par l'association des particules de lumière à celle en suspension dans l'atmosphère. Photo : P. Gourdain