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Contenu édité le 20/09/2019 à 15:50:37







LA NUIT NATURELLE


> La biodiversité nocturne


L'essentiel : Par définition, puisqu’elle est causée par des facteurs astronomiques, l’alternance de jour et de nuit marque la Terre depuis son origine et tous les processus de spéciation se sont déroulés en tenant compte de cet état des choses. L’alternance jour/nuit a ainsi été un paramètre environnemental totalement structurant dans l’évolution du vivant depuis son apparition, et elle continue de l’être. Par les adaptations qu’elles ont développées, certaines espèces ont une activité nocturne et d’autres une activité diurne. Néanmoins, la répartition n'est pas 50/50, la majorité des espèces étant nocturnes en tout ou partie. Les passages charnières de l'aube et du crépuscule sont particulièrement riches en activité.

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On estime approximativement que 28 % des vertébrés et 64 % des invertébrés vivent partiellement ou exclusivement la nuit. Sachant que les invertébrés représentent 90 % de la diversité des espèces sur Terre, on comprend que c’est en fait la majorité du vivant qui est nocturne en tout ou partie. A titre d’exemple, on compte 4500 espèces de papillons nocturnes (hétérocères) contre 250 de papillons diurnes (rhopalocères).

On retrouve des espèces à activité nocturne, au moins partielle, dans la quasi-totalité des groupes biologiques : papillons de nuit (hétérocères), grillons, araignées, vers luisants, chouettes et hiboux, chauves-souris, rongeurs, herbivores (Cerf élaphe, ...), carnivores (Loup gris, Chat forestier, mustélidés, ...), amphibiens, reptiles, poissons (anguilles, Grande alose, ...), certains passereaux (gorgebleue, merle noir, rossignol, grives).


Patchwork d’espèces au moins en partie nocturnes
Patchwork d’espèces au moins en partie nocturnes. De haut en bas et de gauche à droite : Araignée (Micrommata virescens), Chauve-souris Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), Oiseau Chouette Effraie (Tyto alba), Coléoptère (Carabe des bois Carabus nemoralis), Amphibien Anoure Crapaud Calamite (Bufo calamita), Amphibien Urodèle Triton alpestre (Ichthyosaura alpestris), Papillon de nuit (Lépidoptère Hétérocère indéterminé), Cloporte (Helleria brevicornis). Photomontage : R. Sordello


Une nocturnité plus ou moins marquée


Certaines espèces sont totalement diurnes*, d’autres totalement nocturnes*. En fonction des espèces, ce que l'on pourrait ainsi appeler la nocturnité (caractère nocturne, spécificité à la nuit) est plus ou moins marquée.

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) par exemple a un rythme fortement structuré. Le jour, les individus sont remisés en forêt alors que la nuit, ils sortent s’alimenter dans les espaces ouverts (clairières intraforestières, zones ouvertes en lisières de forêts, ...). Pour cette espèce, l’alternance jour/nuit révèle donc carrément des mouvements pendulaires entre deux habitats naturels différents.

Le caractère nocturne ou diurne varie parfois au cours de la vie même d’un individu. Chez la Truite par exemple, les alevins et les juvéniles sont totalement lucifuges, les adultes sont diurnes et les individus âgés sont plutôt crépusculaires*.

Comme nous l’avons vu précédemment, la nuit n’est pas seulement à décrire par rapport au cycle de la lumière. Certaines espèces vivent surtout la nuit parce qu’elles y trouvent de la fraicheur et de l’humidité, conditions qui leur sont indispensables compte tenu de leur physiologie. C’est le cas notamment des limaces et des escargots pour qui le caractère nocturne n’est donc pas lié à l’absence de lumière. Cela explique que lors de jours pluvieux, ces espèces sont également actives le jour.

Enfin, certaines espèces sont diurnes mais font certaines activités précises la nuit. Chez les oiseaux notamment, la migration s’effectue de nuit pour la majorité des espèces, que celles-ci aient une activité nocturne ou diurne pendant leur période de nidification ou d’hivernage.



L’importance des passages : les chronotones


La distinction "espèces nocturnes" et "espèces diurnes", au final, peut-être considérée comme assez simpliste. Beaucoup d’espèces (chouettes, chauves-souris, mustélidés, félidés, ...), dites nocturnes, sont en réalité actives surtout au crépuscule* et à l’aube* alors que le cœur de la nuit est relativement calme, presque autant que la totalité du jour. Dans l’autre sens, des espèces dites diurnes ont aussi une période de repos au milieu de la journée, après avoir été actives le matin et avant de reprendre leur activité en fin de journée ; on retrouve cette activité dite « bimodale » chez certains reptiles par exemple.

C’est donc mécaniquement que l’on retrouve au coucher du soleil des espèces diurnes qui finissent leur activité et des espèces nocturnes qui la commencent, et inversement à l’aube. Par ailleurs, ces périodes de transition entre jour et nuit, pas trop chaudes ni trop froides, pas trop éclairées ni trop obscures constituent des compromis qui permettent à de nombreuses espèces de satisfaire au mieux leurs besoins tout en minimisant les risques auxquels elles s’exposent (prédation, déshydratation, ...).

Les deux charnières temporelles du cycle jour/nuit sont ainsi des moments particulièrement riches en activité chez la faune notamment. Par transposition à ce que l’on constate pour l’espace, avec les écotones*, on pourrait appeler ces deux moments charnières des « chronotones ».


Transposition du concept d’écotone à celui de chronotone
Transposition du concept d’écotone à celui de chronotone.